La dimension sacrée de la légitimation politique : l’incarnation présidentielle

Olivier Rouquan, « La dimension sacrée de la légitimation politique : l’incarnation présidentielle », Sens Public, 5 mars 2005.


Cet article tente de démontrer que l’espace politique français contemporain ne peut se passer de référence à des systèmes de valeurs pensés et présentés comme relevant d’un ordre ancien voire révolu, pour assurer une part de sa légitimité. Pour ce faire, il analyse l’exemple du pouvoir présidentiel qui sert de miroir sociétal du fait de la position occupée dans l’espace démocratique et de sa forte légitimation en France, ressortant de l’élection au suffrage universel. Tout l’intérêt est de déceler dans la communication politique des titulaires du statut, ce qui est redevable au rôle d’incarnation de la temporalité la plus longue. L’espace propre à un article de revue contraint évidemment l’illustration de cette hypothèse.

Lire l’article.

Le littoral : l’État régulateur, droit domanial et stratégies politiques

François Féral, Catherine Mamontoff et Olivier Rouquan, Le littoral: l’État régulateur, droit domanial et stratégies politiques, éd. Institut océanographique-IFREMER, 2006.


Le glossaire de la gouvernance publique dont l’utilisation se veut simple et pratique est destiné à un large public — et notamment celui des étudiants. Dans cette 1ère édition, 95 termes, qui font partie du vocable de la sphère publique, ont été définis avec le souci de préciser les évolutions sémantiques liées à l’actualité législative, aux réformes institutionnelles et administratives les plus actuelles et enfin aux pratiques des managers publics.

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COURS – Nation building et stratégies publiques

L’État, Le désordre et la gouvernance de la mondialisation

 

Introduction : le concept de pouvoir politique

  1. Le pouvoir politique et les légitimités

Définitions

  1. La société traditionnelle

Symbolique – clientélisme – légitimité latente

 

Construction et déconstruction d’un centre politique : le rapport à la violence

 

1.              ORDRES : construction de l’État Nation

 

  1. Codes de légitimités des États-Nations en Europe 

 

La légitimité légale : définition, le droit comme système symbolique – la verticalité du pouvoir

L’organisation différenciée de l’État en Europe : les trajectoires différentes au vu de l’environnement économique et culturel

 

  1. Les nationalismes, communautarismes et l’État central : dialectiques identitaires  

 

Le cas de la France : stabilisation du centre politique républicain (19e-20e)

La langue, l’éduction et l’Etat

La laïcité : évolution d’un modèle

 

2.               DESORDRES : déconstructions du pouvoir politique

 

  1. Les logiques régaliennes : contrôler une population sur un territoire

Les phénomènes migratoires et leur régulation difficile : politique en France

 

  1. Les dynamiques centrifuges

 

Terrorisme, proto-État et Etat importé

Les logiques économiques de prédation

 

La régulation : Gouvernances, réseaux de normes et « bonnes pratiques »

      

1.  LA REGULATION : réformes de l’Etat et doctrine du développement durable

 

  1. L’État stratège et régulateur : légitime ?

La régulation : le modèle européen et son impact

La gouvernance  décentralisée

Le management public : performance et évaluation

 

  1. L’enjeu du développement durable

 Développement durable : contraintes écologiques et démocratiques

 

La smart city

 

2.              GOUVERNANCES DÉMOCRATIQUES

  1. La crise de la démocratie représentative

La montée des populismes – les méthodes pour retrouver « le peuple » –

 

  1. La démocratie de consensus

Le modèle de Lijphart – les démocraties comparées

 

 

Bibliographie sommaire

 

Ouvrages

Badie B., Smouts M.-C., Le retournement du monde, Paris, Presses de Sc. Po. et Dalloz,
Roche J.-J., Manuel de relations internationales, Paris, LGDJ,

Construction et déconstruction de l’État

Badie B., Culture et politique, Paris, Économica, 193
Baer R., Or noir et maison blanche, Paris, Folio Gallimard, 2003
Barber Benjamin, L’empire de la peur, Paris, Hachette, Pluriel, 2003
Battistella D., Théories des relations internationales, Paris, Presses de Sc. Po.
Bayart J.-F., L’État en Afrique, Paris, Fayard
Berghezan G., Trafics d’armes vers l’Afrique, Paris, Éd. Complexe, 2002
Charillon F., Politique étrangère – nouveaux regards, Paris, Presses de Sc. Po., 2002
Chevallier J.-M., Les grands chantiers de l’énergie, Paris
Collectif, La République ou l’Europe, Paris, Biblio Le livre de Poche, 2004
Crettiez X., Violence et nationalisme, Paris, Odile Jacob, 2006
Dieckhoff, La nation dans tous ses États, Paris, Flammarion, 2000
Gautier L., Face à la guerre, Paris, La table ronde, 2006
Hassner P., La terreur et l’empire, Paris, Le Seuil, 2003
Heisbourg F., Hyperterrorisme : la nouvelle guerre, Paris, Odile Jacob, 2001
Hobsbwam E., Nations et nationalisme, Paris, Folio – Gallimard, 1992
Laruelle M., Peyrouse M., Asie centrale, la dérive autoritaire, Paris, Autrement, CERI, 2006
Napoleoni L., Qui finance le terrorisme international ?, Paris, Autrement, CERI, 2004
Roy O., L’islam mondialisé, Paris, Seuil, 2002
Signoles A., Le Hamas au pouvoir, Paris, Milan actu, 2006
Smith S., Négrologie, Paris, Hachette – Pluriel, 2003

Gouvernances et régulations

Badie B., La diplomatie des droits de l’homme, Paris, Fayard, 2002
Bartoli A., Le management dans les organisations publiques, Paris, Dunod
Bertrand M., L’ONU, Paris, La Découverte – Repères
Chatail C., Finances publiques, Paris, Paradigme publications universitaires
Damarey S., La loi organique du 1/08/2001, relative aux lois de finance, Paris, Ellipses
Devin G., Faire la paix, Paris, Pepper, 2005
Gaudin J.-P., L’action publique, Paris, Presses de Sc. Po. et Dalloz
Ingelbert X., Manager avec la LOLF, Paris, Groupe revue fiduciaire, 2005
Lascoumes P., Le Galès P., Gouverner par les instruments, Paris, Presses de Sc. Po., 2004
Moreau-Desfarges P., Droit d’ingérence : jusqu’où, Paris, Presses de Sc. Po., 2006
Moreau Desfarges P., La gouvernance, Paris, PUF – QSJ
Rouquan O., Culture territoriale, Gualino, Paris, 2016
Rouquan O., Développement durable des territoires, Paris, Gualino, 2016
Ryfman P., Les ONG, Paris, La Découverte – Repères, 2004
Schwok R., Théories de l’intégration européenne, Paris, Montchrestien – Clefs, 2005

Revues

Agir
Commentaire
Critique internationale
Culture droit
Cultures et conflits
Esprit
Hérodote
Le Débat
Mouvements
Politique internationale
Politique étrangère
Problèmes politiques et sociaux
Questions internationales
Regards sur l’actualité
Relations internationales
Revue française de science politique
Revue de défense nationale
Revue internationale et stratégique

Média

Courrier international
rfi
France culture : la société des nations et tout un monde
France 24
Arte : nombreuses émissions tournées vers l’international
Canal + : effet papillon
ITV : le journal international
France 3/ France 5/ France 2

Conférences, cours – O. ROUQUAN

COURS – Droit constitutionnel et gouvernances démocratiques – Le système politique français contemporain – Plan de cours

Introduction

Partie 1 :
Les éléments fondamentaux

Titre 1 : L’État de droit

Chapitre A – L’État, forme de pouvoir politique
Section 1 – La genèse de l’État et les légitimités du politique
Section 2 – La consolidation du principe de constitutionnalité

Chapitre B – Les évolutions favorables à l’État de droit
Section 1 – La défense des droits
Section 2 – La Question Prioritaire de Constitutionnalité

Titre 2 – Le système représentatif

Chapitre A – La démocratie représentative
Section 1 – Le suffrage : limitations, pondération de la participation
Section 2 – Le mode de scrutin et les systèmes de partis

Chapitre B – Les régimes et les systèmes politiques avant 1958
Section 1 – La séparation des pouvoirs, les régimes politiques et le système gouvernementaliste
Section 2 – Les 3e et 4e Républiques : le système parlementariste

Partie 2 :
La 5e, une république présidentielle

Titre 1 – Les pouvoirs propres, base non exclusive de la présidentialisation exécutive

Chapitre A – La genèse du présidentialisme pendant la guerre l’Algérie : concentration des pouvoirs
Section 1 – La guerre d’Algérie et la présidentialisation d’exception
Section 2 – Le recours à l’art. 16 : les pleins pouvoirs

Chapitre B – Les objectifs et moyens politico-administratifs de la domination présidentielle usuelle
Section 1 – La garantie de l’autonomie nationale
Section 2 – Le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l’État

Titre 2 – Les pouvoirs partagés, base d’une relativisation variable de la présidentialisation

Chapitre A – La primo-ministérialisation de la gouvernance exécutive
Section 1 – Le socle juridique et administratif
Section 2 – La succession des cohabitations

Chapitre B – Renforcer les pouvoirs parlementaires, locaux et juridictionnels
Section 1 – Revaloriser le Parlement lors du vote de la loi
Section 2 – Améliorer la garantie des libertés

Partie 3 :
L’élection présidentielle et la transformation des partis politiques

Titre 1 – La présidentialisation du système de partis

Chapitre A – L’élection présidentielle
Section 1 – Règles du jeu
Section 2 – L’ordre électoral

Chapitre B – 1962-1986 : l’élaboration d’un modèle de présidentialisation
Section 1 – Les partis présidentialisés
Section 2 – La bipolarisation

Titre 2 – L’évolution de la représentation présidentialisée

Chapitre A – 1986-2017 : les changements du système de partis
Section 1 – Proportionnelle, élections intermédiaires et recomposition des partis
Section 2 – Les règles de la communication et les stratégies de campagne

Chapitre B – Les changements du comportement électoral
Section 1 – La campagne
Section 2 – Le vote

Conclusion

 

Bibliographie sommaire

Ardant Ph., Mathie B., Institutions politiques et droit constitutionnel, Paris, LGDJ, réédité régulièrement
Carcassonne G., La constitution, Paris, Seuil, réédité régulièrement
Chagnollaud D., Quermonne J. L., Le gouvernement de la France sous la Vè République, Paris, Dalloz, 1996 et Flammarion, coll. « champs », 4 tomes, 2000
Duhamel O., Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Seuil, réédité régulièrement
Duverger M., Institutions politiques, Paris, PUF, 1978
Duverger M., Le système politique français, Paris, PUF, 1995
Gicquel J. et J.-E., Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Montchrestien, réédité régulièrement
Grossman E., Sauger N., Systèmes politiques nationaux de l’UE, Paris, De Boek,
Hamon F., Troper M., Droit constitutionnel, Paris, LGDJ, réédité régulièrement
Meny Y., Surel Y., Politique comparée, Paris, Montchrestien, réédité régulièrement
Portelli H., Droit constitutionnel, Paris, Dalloz, réédité régulièrement

Conférences, cours

Plan de cours

Introduction

 

Partie 1 :
Les légitimités territoriales du politique

Chapitre 1 – Le pouvoir politique local

Section A – Le pouvoir politique, processus localisé
– Le contrôle du territoire : les inégalités spatiales, les stratégies de pouvoir
– Les notables : passé et présents

Section B – La légitimité traditionnelle : sens et perspectives locales
– La représentation symbolique du pouvoir
– Les repères identitaires marquant les territoires

Chapitre 2 – L’État-Nation : une identité territoriale européenne

Section A – Les conditions d’émergence de l’État
– La différenciation et l’autonomisation du pouvoir politique
– La construction du droit et de la bureaucratie

Section B – La dissociation de la légitimité politique
– L’institutionnalisation de l’éducation nationale
– Les combats du nationalisme républicain : laïcité et langue

Chapitre 3 – L’État de droit : des libertés à l’heure de la mondialisation

Section A – L’affirmation de la garantie des droits comme culture politique
– La lente reconnaissance des libertés fondamentales et les libertés à l’heure du numérique
– Les contrôles (administratifs et politiques) de l’Administration à l’heure du numérique

Section B – La Nation, une communauté de droits de plus en plus diversifiés
– Les populations : la République est sociale
– Le peuple : la République est démocratique

Partie 2 :
Les institutions territoriales, continuité et changements

Chapitre 1 – Les réformes administratives : sens et dispositifs

Section A – L’État décideur : constantes et variables
– La bureaucratie et ses limites
– La crise de l’Etat providence

Section B – Les modalités du changement organisationnel
– L’adaptation à la norme européenne
– La Modernisation de l’action publique

Chapitre 2 – La proximité, principe d’organisation territoriale

Section A – La territorialisation de la République
– La déconcentration ou la subsidiarité de l’État central
– L’organisation décentralisée de la République

Section B – L’approfondissement incertain de la démocratie locale
– La démocratie représentative : une légitimité problématique
– La démocratie de proximité : une participation limitée

Chapitre 3 – Les compétences et politiques publiques locales

Section A – Le secteur communal
– L’intercommunalité, vecteur de rationalisation et de compétitivité ?
– L’action de proximité en faveur de la cohésion sociale territoriale

Section B – Les collectivités intermédiaires
– La régionalisation de l’attractivité territoriale
– Le département, socle de la solidarité territoriale

Partie 3 :
Le territoire, enjeu de gouvernance et de management publics

Chapitre 1 – La Gouvernance durable locale

Section A – La régionalisation et la métropolisation
– La France compétitive et productive régionalisée
– L’institutionnalisation des métropoles, vecteur de la ville durable ?

Section B – L’égalité territoriale
– L’enjeu métropolitain
– Le rurbain et le périphérique : quelle boîte à outils de l’action publique ?

Chapitre 2 – Les contraintes de la gestion financière locale

Section A – L’ambiguïté de l’autonomie financière
– Panorama européen
– La situtaion en France

Section B – Le diagnostic : la diminution du pouvoir local
– Les recettes
– Les dépenses

Chapitre 3 – Le management public durable : dimensions stratégiques et humaines

Section A – Le management de performance
– La stratégie de projet durable
– L’évaluation continue et ouverte, bonne pratique de la performance

Section B – La GPEEC : vers plus de mobilités
– Le statut élément de stabilité : droits et devoirs
– La mobilité horizontale et la mobilité verticale

Conclusion

 

Bibliographie

Rouquan O., Culture territoriale, Paris, Gualino, 2016
Rouquan O., Le développement durable des territoires : gouvernance et management public, Gualino, 2016

Communication politique


Cours de régulation de la communication politique

Introduction



Partie 1 – Médium de communication
Titre A – Médium et langage
Titre B – Référence, dogme, sociétés traditionnelles : la communication politique n’est pas un fait contemporain

Partie 2 – Politique et communication : pouvoir, registres et légitimités
Titre A – Registre expressif, indice et icone
Titre B – Registre argumentatif et signes écrits : la communication objectivée

Livre A :
Le secteur de la communication politique



Partie 1 – La communication politique comme activité contemporaine : les réseaux d’acteurs
Titre A – Le journalisme médiateur
Titre B – Sondeurs et communicants politiques : la mercatique
Titre C – L’administration du secteur audiovisuel et le contrôle des libertés dans la recherche de l’information

Partie 2 – Régulation de la communication politique : l’exemple des campagnes électorales
Titre A – Sondages et uniformisation des positionnements : les « pro » à l’œuvre
Titre B – « S’ébrouer dans le champ »… Mais quel cadre pour la campagne ?

Livre B :
Stratégies de communication et réception du message



Partie 1 – Le modèle stratégiste
Titre A – Modèle stratégiste
Titre B – Stratégie charismatique gaullienne offensive

Partie 2 – Exemple : la campagne de 2012
Titre A – Stratégies offensives
Titre B – Stratégies défensives

Conclusion



Interrogation sur « la démocratie du public » : corpus et secteurs de légitimités
Titre A – Types de discours de légitimité
Titre B – Le corpus de légitimité de la démocratie incarnée : vers une doctrine du charisme d’opinion ?
Titre C – Critique réaliste de la société de l’information au regard des exigences de la démocratie

Extraits de cours

Quelques concepts utiles



Introduction

Il s’agit d’abord de définir l’intitulé du cours, à savoir « communication politique ». Comment en effet, est-il entendu (au sens de compris), d’une part la communication, de l’autre, la et le politique ?

La politique équivaut aux activités (stratégies) de maintien de la cohésion sociale; le politique incluant la politique étant l’ensemble des formes, des organisations concourant à la régulation collective, soit à l’expurgation des conflits. Il inclut donc le droit comme instrument d’institutionnalisation des rapports sociaux (institutionnalisation équivaut à l’objectivation des relations sociales). Le maintien de la cohésion sociale invite à la monopolisation de la contrainte par un centre, qui se constitue progressivement en État en Europe occidentale. Mais l’État n’est pas la seule forme d’organisation politique. La concentration des modes de violence (afin de prévenir le conflit et la guerre) doit être, apprend M. Weber, légitime.

Le concept de légitimité, déterminant pour la sociologie, veut insister sur la nécessité d’obtenir le consentement de la part des gouvernés. Sans consentement, soit sans acceptation de la contrainte, la régulation est impossible à moyen et long terme.

L’introduction du concept de légitimation fait apparaître que la légitimité n’est pas un donné, mais un construit ; en ce sens, elle varie en fonction du lieu et du temps. Est ainsi introduite l’importance de la communication pour assurer la légitimité et la légitimation de l’État. Une telle problématique structure ce cours : envisager le pouvoir dans son acception la plus large soit comme défini ci-dessus d’une part, envisager la communication également sous sa définition la plus sociologique, soit comme moyen et aussi fin de toute activité humaine. De sorte que les références aux mythes, doctrines religieuses, aux conceptions de société traditionnelles en suivant les apports de la discipline anthropologique, de sorte que les références aux disciplines historiques et sociologies ainsi que juridiques, permettent de constituer une science politique de la communication de même qualité qui est proposée dans ce cours.


Médium de communication

La communication renvoie au paradigme de la sociologie en ce sens qu’une telle discipline s’intéresse de façon prioritaire aux relations (interactions et interdépendances)… Toute relation entre deux termes (alter et ego) peut être comprise comme étant de communication.

Médium et langage

Le médium constitue la structure transparente qui fournit le code d’intercompréhension : « … Le médium est à la fois véhicule ou canal du message, et des destinataires partageant quelque chose du même code… » [Bougnoux D, la communication par la bande Paris, La Découverte, 1998, p. 26.]. Ainsi, pas d’étude du message sans étude du milieu de sa production ; en ce qui concerne la communication politique, pas d’étude des messages, sans étude des professionnels, de leurs idées, de leurs outils, de leurs stratégies… Ainsi compris, le médium n’est pas le singulier de média, mais découle dans son acception du rôle social du médium dans les sociétés traditionnelles, soit de la personne chargée de la communication avec les esprits, soit avec le code originel expliquant la naissance de la société.

Le médium est la matrice de la communication : il fournit le code renfermant l’ensemble d’outils qui permet l’intercompréhension ; à la base sont les signes basiques suivis des règles permettant de les combiner afin qu’alter les interprète (sens) et puisse fournir une réponse signifiante.

C.Geertz éminent représentant du courant sémiotique [3], rétablit la part prise par la signification dans les phénomènes sociaux pour assimiler la culture aux « structures de compréhension » à travers lesquelles les hommes donnent forme à leur expérience, le système politique étant pour le même auteur, l’arène privilégiée dans laquelle se déploient ces différents signes. Le code est alors le système de significations grâce auquel les hommes communient et perpétuent et enrichissent leur rapport à la vie.

La communication passe par la langue, mais aussi par un ensemble de signes, des indices, visuels et oraux (gestes, cris). Ainsi, est-il toujours passionnant dans les sociétés contemporaines, certes de focaliser sur l’écrit, avec pour ce qui nous concerne le discours politiques, ou la profession de foi d’un homme politique en campagne, mais aussi sur les signes indiciels émis. Ces derniers sont désormais les moteurs de la communication politique, compte tenu de la place majeure occupée par l’audiovisuel* dans les modalités d’information du grand public.

Le langage est le médium permettant la communication : il est plusieurs langages, des signes (indiciels), des symboles (langue parlée, écrite,…). Le langage spécifie la communication humaine ; les chercheurs en psychanalyse font de l’expérience spéculaire (miroir) la meilleure preuve de l’aptitude humaine à différencier le Moi de son image, condition d’expérience du langage. La capacité à distinguer son corps de sa représentation dans le Miroir (contrairement à Narcisse) est la base de la réflexion et donc de l’objectivation et institutionnalisation du monde. Elle illustre la séparation entre les termes (Moi/mon image) pour permettre au langage par la désignation de les relier.

Par cette analyse, P. Legendre, retrouve le sens étymologique du mot symbole, littéralement, ce sont « deux moitiés ou deux parties bien ajustables d’un même osselet ou d’une même monnaie, qui servent deux personnes liées par l’hospitalité ou quelque contrat à se reconnaître » [Legendre P., La société comme texte, Paris, Fayard, 2001, p. 30]. Le même auteur définit le langage comme « opération d’échange, au sens où elle met en rapport et fait tenir ensemble, par le tiers-même, par l’écart qui la sous-tend, deux registres opposés et solidaires ».

Cette expérience à la fois individuelle et collective sert non seulement à la rationalisation de la perception de l’environnement, à la fois extérieur et intérieur (re-présenté), mais aussi à l’institutionnalisation ; car dès lors que représentée, les choses sont objets d’interprétations communiquées, soit extériorisées à l’intention d’alter, d’un public. L’expression des interprétations est inextricablement liée à l’institutionnalisation : en effet, instituer c’est d’abord faire tenir ensemble ; par la suite, institutionnaliser signifie rendre un échange durable, soit organisé par un code, soudé par des valeurs communes, et consolidé par la répétition de coutumes, l’instauration de règles, notamment juridiques…

Or, dès lors qu’un message est partagé, il implique questions et réponses, une circularité ; un échange est donc instauré que les participants n’ont aucun intérêt à rompre. De fait, la communication signale que la société peut être conçue comme un texte ininterrompu. Pour faire tenir ensemble (ou debout pour une acception littérale d’instituer), il faut des normes, des références ou règles communément acceptées, elles-mêmes reliées à une Référence, originelle, dogmatique, composant la matrice donnant sens à l’ensemble des expériences vécues.

Ont donc été introduits, à la fois les concepts de médium, de langage, de langue, de symbole (au sens générale), d’emblème ou Référence dogmatique.


Politique et communication : pouvoir, registres et légitimités

La conception en terme d’interactions et interdépendances implique que la communication contient du pouvoir ; communiquer, c’est souhaiter diffuser un message, donc forcer le cours de ce dernier jusqu’à alter et créer les conditions pour que ce dernier le perçoive et l’interprète conformément au sens donné initialement.

Dans cette optique, les messages sont autrement appelés informations, cette dernière étant un signe supplémentaire apporté à un capital existant. Cette définition ne s’inscrit pas dans la dialectique qui oppose l’information (vérité) à la communication (séduction), mais conçoit l’information comme unité de base des échanges.

La technique qui utilise l’information, lui donne un style, une certaine forme dans l’espace/temps, consiste en une opération de communication ; adapter la forme au contexte au vu de l’anticipation du récepteur est une activité de communication. Ainsi du choix des slogans de campagne, de la couleur des affiches, de la posture des candidats lors des apparitions,… Des tactiques, techniques, stratégies sont donc initiées afin de convaincre, persuader, manipuler afin en premier lieu d’éveiller l’intérêt.

Cet ensemble de dispositifs peut être classé en fonction de la dichotomie objectivation/subjectivation permet de classer les techniques, stratégies, les médias comme les signes échangés, les répertoires comme les registres qualifiant la communication.

L’objectivation est la capacité à interpréter la réalité et à agir sur elle sous une forme plus abstraite, universelle (impersonnelle et générale) et durable.

Le langage est un phénomène objectivant comme le souligne U. Eco : « On pourrait objecter que ce qui relève de la sub¬stance se laisse dire sans contradiction et que la sub¬stance est indépendante de ce que nous en disons. Mais jusqu’à quel point ? Comment parlons-nous de la sub¬stance ? Comment pouvons-nous dire sans contradic¬tion « l’homme est un animal rationnel », alors que dire « l’homme est blanc » ou « l’homme court » n’indique qu’un accident passager, un accident qui ne peut donc pas être l’objet d’une science ?

Dans l’acte perceptif, l’intellect actif abstrait l’essence du synolon (matière + forme). Il semble donc qu’au cours de l’intellection nous saisissions immédiatement et sans effort … ce que l’être était, c’est-à-dire ce que l’être est de façon stable.

Mais que pou¬vons-nous dire de l’essence ? Nous ne pouvons qu’en donner la définition : « La définition naît de ce qu’il faut signifier quelque chose. La définition est la notion (logos) dont le nom (onoma) est signe (sëmeion) » (1012a 22-24).

Hélas ! L’évidence indépassable de l’existence des individus nous est bien donnée, mais nous ne pouvons absolument rien dire d’eux, si ce n’est en les nommant par leur essence, c’est-à-dire par genre et différence spécifique (donc « homme » et non « cet homme ») : aussitôt entrés dans l’univers des essences, nous voilà déjà dans l’univers des définitions, c’est-à-dire dans l’univers du langage qui définit. » [Eco U., Kant et l’ornithorynque, Paris, Le livre de poche, 1999]

La subjectivation équivaut à la tendance contraire (particularisme, singularité, personnalisation, conjoncture). Il s’agit donc plutôt de désigner des existences, des substances.

Certaines théories de la communication partent d’une telle dichotomie et la précisent au vu de la discipline, notamment Peirce lorsqu’il distingue :

– en effet indice, icone et symbole comme signes principaux,
– renvoyant aux répertoires distinguées de langages, à savoir, le sensible/mythologie, le visible/religieux et le lisible/politique et judiciaire,
– renvoyant aux formes du discours : pathos ; ethos ; logos
– eux-même relevant de registres de communication décortiqués par la suite : l’expressif, l’argumentatif et l’informatif.

Un registre correspond à un genre de communication au regard de son intentionnalité : il y a une certaine cohérence des éléments rassemblés par un registre, qui fournit une matrice de communication. En chant, il s’agit de la tessiture de la voix d’un chanteur, cette définition appliquée illustrant la cohérence au regard de l’émetteur dus signes émis. Cette cohérence est stylistique au regard du la dichotomie objectivation/subjectivation. Donne sens.

Un répertoire de signes est une boîte à outil qui n’a pas de cohérence stylistique. Le classement logique des éléments tient à une rationalité technique plus opérationnelle ; il s’agit de classer au vu du canal de transmission utilisé. Donne forme.

Reste à définir les outils basiques de la communication, le signes et symboles ; cette opération est faite, tout comme celle des répertoire, dans le cadre plus englobant du registre qui donne sens.

Geste, oral, image, écrit, représentent les principales modalités de langage.

2[3] Sémiotique vient de semeion le signe : théorie générale des signes et de leur rapport avec la pensée (logique). Ou théorie des signes et leur circulation (signification) dans la société (sémiologie).
3[4] L’homme n’est représenté qu’en – 10 000 alors que l’animal apparaît dès – 30 000 et la géométrie en – 77 000.
4[5] L’allégorie consiste à utiliser corps et visages pour incarner des idées abstraites.

Bibliographie

Agacinski Sylviane, Le passeur de temps, Paris, Le Seuil, 2000
Bailey F.-G., Les règles du jeu politique, Paris, PUF, 1971
Balandier Georges, Anthropologie politique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1967
Balandier Georges, Anthropologique, Paris, Le Livre de Poche, 1985
Balle Francis, Les médias, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2004
Balle Francis, Médias et société, Paris, Montchrestien, 2006
Beaud Paul, Flichy Patrice, Pasquier Richard, Quéré Louis, Sociologie de la communication, Paris, CNET, 1997
Berger Peter, Luckmann Thomas, La construction sociale de la réalité, Paris, 1979
Blondiaux Loïc, La fabrique de l’opinion, une histoire sociale des sondages, Paris, Seuil, 1998
Bongrand Michel, Le marketing politique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1993
Bongrand Michel, Le marketing politicien, Paris, Bourin Editeur, 2006
Bougnoux Daniel, La communication par la bande, Paris, La Découverte, 1998
Braud Philippe, L’émotion en politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1996
Braud Philippe, Sociologie politique, Paris, LGDJ, 1992
Bréchon Pierre, Laurent Annie, Perrineau Pascal, Les cultures politiques des Français, Paris, Presses de Sciences Po, 2000
Breton Philippe, Proulx Serge, L’explosion de la communication à l’aube du XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2002
Breton Philippe, L’utopie de la communication, Paris, La Découverte, 1995
Bromberg Marcel, Ghiglione Rodolphe, Discours politique et télévision, Paris, PUF, 1998
Brugidou Mathieu, L’élection présidentielle. Discours et enjeux politiques, Paris, L’Harmattan, 1995
Carton Daniel, Bien entendu, c’est off, Paris, Albin Michel, 2003
Castells Manuel, La société en réseaux, Paris, Fayard, 1998
Cautrès Bruno, Mayer Nonna, Le nouveau désordre électoral, Paris, Presses de Sciences Po, 2004
Cayrol Roland, La nouvelle communication politique, Paris, Larousse, 1986
Cayrol Roland, Sondages, mode d’emploi, Paris, Presses de Sciences Po, 2000
Cayrol Roland, La nuit des politiques, Paris, Hachette, 2006
Chaliand Gérard, La persuasion de masse, Paris, Ed. Robert Laffont, 1992
Champagne Patrick, Faire l’opinion, Paris, Les éditions de minuit, 1990
Charaudeau Patrick, Le discours politique, Paris, Vuibert, 2005
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