« L’opinion » en manque d’hyper-président ?

Edito

Trois mois après son entrée en fonction, le nouvel exécutif est confronté à des mesures de popularité indiquant une dynamique contrariante : comment analyser une telle chute ?
Premier point : la rentrée avec les hausses d’impôts, l’inquiétude des plans sociaux, les insécurités, créent un climat de tension, sinon pour certains, de peur. Immédiatement, les personnalités incarnant le pouvoir en pâtissent ; ceci est automatique, récurrent et proportionnel à la gravité de la situation, ici inédite. Quel pouvoir en place – mis à part l’Allemagne – dispose de mesures d’opinion ascendantes en cette rentrée ?
Second point : les médias ont multiplié les articles, commentaires, etc., à tonalité très critique sur le président en titre. Il y a eu dès juin la période twitt et La Rochelle – calmée après l’intervention présidentielle du 14 juillet ; mais relancée avec la publication de plusieurs livres sur les relations entre F. Hollande et « ses » femmes. Il y a ensuite les analyses récurrentes sur la présupposée « mollesse » du chef de l’État, son manque de clarté et l’impréparation des équipes à gouverner – contrée par l’interview lors du JT de TF1 le 9 septembre 2012 avec les termes « d’action », « de combat », etc. ; mais les mauvaises impressions sont ravivées par la désunion de la majorité sur le Traité européen. Enfin, les grands médias cultivent à l’évidence une nostalgie « Sarkophile ». Si le Monde en vient à publier un article sur le « Hollande bashing » – qu’il n’est pas sans alimenter, l’idée que la tonalité générale des grands médias est globalement négative, n’est pas infondée. Or le filtre n’est pas neutre : à force de répétition, une partie de l’opinion peut finir par être sensible aux salves récurrentes.
Troisième point consécutif : la stratégie de communication de l’Elysée semble moins performante que celle de son prédécesseur. A l’évidence, le message présidentiel a manqué de clarté pendant l’été, et sa discrétion a laissé s’installer le doute sur sa capacité à gérer les inquiétudes des Français… Jusqu’aux intellectuels s’interrogeant sur la stratégie économique présidentielle. L’idée de négocier et de concerter ne peut pas remplacer l’exigence de décider ; en termes d’image, la correction a été tardive. Au-delà de la communication, y-t-il un réel problème de méthode ? Il est bien trop tôt pour répondre !

Quoiqu’il en soit, la volonté de restaurer une Présidence axée sur les grandes orientations laissant un Gouvernement agir, la volonté de revenir à une pratique plus « normale » de la Constitution, crée un paradoxe de communication. Nombre de journalistes, d’experts et peut-être de Français sont dopés au présidentialisme symbolique. Dans les facteurs qui comptent pour comprendre l’éventuel désamour du pouvoir tout juste installé, celui-ci n’est pas des moindres. Mais la question de savoir qui doit changer de perspective est posée, sauf à oublier les inconvénients de « l’hyperprésidence » cinétique. Une fois de plus, l’instantanéité médiatique heurte la temporalité institutionnelle pour alimenter la crise démocratique. Elle ne laisse pas au nouveau pouvoir le temps de s’installer ; est-ce conforme à la logique représentative des institutions ? Est-ce conforme à la logique tout court : un pouvoir élu peut-il obtenir des résultats en phase de stagnation économique, seulement trois mois après son entrée en fonction et alors que le vécu actuel des citoyens reste pour l’essentiel dépendant de décisions prises par la majorité précédente. Enfin, est-ce conforme à l’intérêt d’une Nation, qui que l’on ait voté ou non pour cette majorité, doit lui donner une chance pour affronter une crise majeure : contribuer systématiquement à saper trop vite sa légitimité, est-ce responsable ?

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